
L’homme sans passé (Mies vailla menneisyyttä)
article du 12 janvier
2003 Finlande (2001)
Réalisation : Aki Kaurismäki
Avec : Markku Peltola (l’homme sans passé), Kati Outinen (Irma), Juhani Niemela (Nieminen), Sakari Kuosmanen (Antilla), Esko Nikkari (le voleur de banque)
Au début, j’étais un peu perdue. un peu comme lui, l’homme qui perd son passé. Un peu paumée. Et puis, tout à coup...il y a cette tirade :
"Hier j’ai visité la lune.
C’était comment ?
Calme.
Et là, tout d’un coup, j’ai eu l’impression de me retrouver, d’atterrir. Je ne suis pas sûre qu’à l’absurde il y ait jamais rien à comprendre. Juste peut-être se laisser embarquer dans l’incroyable, sans vraiment y croire, sans vraiment ne pas y croire.
SCENARIO & DIALOGUES : Au rique de me répéter, l’histoire est classique. Une histoire d’amnésique. Un homme qui, sans souvenir de qui il est, se recontruit peu à peu une vie à l’endroit où il est arrivé. Il rencontre une galerie de personnages tous plus caricaturaux les uns que les autres, et tous plus attachants les uns que les autres. Mais la vraie force de ce film réside dans les dialogues. A première vue, ils n’ont ni queue ni tête, et pourtant, ce sont eux qui portent l’histoire, divagant et fouillant dans la vie de chacun des personnages comme autant de scalpels qui mettent à nu blessures et joies, convictions et désespoirs.
REALISATION : Kaurismaki déroute au départ, insistant sur la violence de l’agression, et nous perdant dans les méandres de cette ville à l’orée de la ville. Il s’attache d’abord aux décors froids et nous éloigne, pour mieux nous rattrapper. La caméra se fait ensuite lente et émouvante, et s’attarde sur chaque parcelle d’humanité de ces vies sans vrais buts et sans enjeux. Elle suit l’homme sans passé dans son apprentissage d’une vie qu’il fait peu à peu sienne, de patates en amours simples.
ACTEURS : Difficile de se prononcer sur le jeu d’acteur lorque’on ne comprend pas la langue...et pourtant. Chacun des acteurs, de Markku Peltola à Esko Nikari, en passant par Kati Outinen, dans leur simplicité, parviennent à incarner impeccablement ces personnages banals, et pourtant si communs.
Un film inclassifiable, incalculable, à la fois petit et grand, laid et magnifique. Je suis peut-être bon(d) public, mais je crois que si vous avez envie de dépaysement, besoin de quelque chose de vrai, ce film vaut le détour. Il est de ceux dont on se souvient avec une émotion étrange, et qui, longtemps après, revient par flashes apporter un sourire sur les lèvres.
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