
Nord perdu (suivi de Douze France)
article du 30 novembre
2005
lu (ou relu) le 3 novembre 2005
Auteur(s) : Nancy Huston
Rares sont les ouvrages, depuis la lecture du Testament Français, d’Andrei Makine, qui ont su me toucher à ce point dans cet étrange part de moi qu’est le multilinguisme et l’importance de l’appartenance à une culture.
Ce livre fait partie, comme Effroyables Jardins, de ces obligations dont on a un peu peur, de peur qu’elles ne cassent un fil, une amitié, parce que le livre est un cadeau. Mais là, j’avais été plus préparée en fait. L’amie qui me l’a offert m’en avait déjà parlé et éveillé mon intérêt.
Et puis c’était une de ces surprises que l’on n’attend pas, un petit cadeau par la Poste, au bout du monde, mon premier (et seul à ce jour) cadeau-courrier envoyé en Allemagne. Et ça, ça ne s’oublie pas. Bref. Revenons à nos vaches.
Nancy Huston est canadienne. Anglophone. Elle vit avec un Bulgare (si j’ai bien tout suivi) et vit en France depuis... un certain nombre d’années, voire un nombre d’années certain. Elle écrit indifférement en français et en anglais. Je dis indifférement, mais je mens, parce que je pense qu’elle est toute sauf indifférente à ce changement de langue et Nord Perdu et Douze France en sont la preuve.
Cet ouvrage est un essai, quelque peu autobiographique. Qui relate, fouille et capture la difficulté, mais aussi les bonheurs que revêtent le fait de vivre dans un autre pays que "le sien" et de parler une autre langue que sa langue maternelle. Nancy Huston évoque ses déboires, ses victoires, ses doutes et le fait avec vigueur et finesse à la fois.
Je me suis à la fois reconnue et méconnue dans cet essai. Certaines situations m’ont rappelé autant de situations que j’avais vécues, d’autres m’ont ouvert les yeux sur des sentiments sur lesquels je n’avais pas réussi à mettre de mots. J’ai retrouvé un peu de mon Nord... ou Sud en l’occurrence.
Douze France est un tableau de la France en 12 points. Vue de l’extérieur-intérieur. Et à la mention des vaches charolaises au douzième point, j’ai pleuré sans m’arrêter pendant une heure, à grands sanglots longs et douloureux, lents et libérateurs.
Je crois qu’il n’y a pas grand chose à ajouter.
Elle me manque, la France, à moi qui suis si bon(d) public. |