
Baboussia
article du 21 avril
2004 vu (ou revu)
le 20 avril 2004 France / Russie - 2003
Réalisation : Lidia Brobova
Avec : Nina Choubina (Tossia / Baboussia), Anna Ovsiannikova (Anna), Olga Onichenko (Liza), Vladimir Koulakov (Victor), Serguei Anoufriev (Nicolas), Galina Bokachevskaia (Taia), Valentina Tcherkazionova (Valia), Galina Volkova (Macha), Vladimir Baranov (Tolik), Youri Ovsianko (Ivan)
Il est des larmes que l’on dit bienfaisantes. Baboussia est l’un de ces films chargés d’émotion qui vous laissent un goût salé au coin des yeux, accompagné d’une paix étrange. On aurait presque envie de prendre la main de son voisin simplement pour le geste.
DECOR : La Russie d’aujourd’hui prête ses paysages contrastés à ce film par ailleurs tout en demi-teintes. De la ville morne au village riant, de la campagne triste à la ville agitée...Baboussia est ballotée comme un vieux jouet que l’on a tant aimé et dont on ne veut pas vraiment se débarasser, mais dont on n’a plus non plus l’utilité. Folklore ambiant, un peu kitsch, spectacle de village, scènes intimistes au coeur d’appartements sans vie, datchas sur verdure ou sur fond d’hiver blanc et aveuglant, ce sont autant de visages de la Russie qui passent dans ce film lent au bon sens du terme. Lidia Brobova déroule son pays comme on ouvre un album photo en laissant le spectateur apprécier les paysages.
SCENARIO : Simplissime, d’aucuns diront sans doute simpliste, voilà l’histoire d’une grand-mère dont personne ne veut et que l’on se passe comme un plat trop chaud, de peur de se brûler. Si l’histoire se charge d’une émotion presque facile, on y trouve cependant de petits bijoux telle cette scène "flashback" où Liza et Nicolas dansent à faire tourner les murs, ou cette seconde tendre et étrange qui réunit Baboussia et sa soeur après Dieu seul sait combien de temps de séparation. Mais ce n’est pas tant l’histoire que les personnages qui font de ce film une occasion à ne pas rater.
PERSONNAGES/ACTEURS : Avec son visage lunaire, presque inexpressif
Nina Choubina dans le rôle de Baboussia
et pourtant reflet de toutes les émotions de ce film, Nina Choubina est le fil conducteur et l’illustration de son propre voyage. Antithèse de tous les autres personnages, son flegme et son manque de réaction parfois troublants servent à mettre en exergue les autres personnages. Liza d’abord, incarnée par Olga Onichenko, jeune femme à la réussite "occidentale" qui ne sait comment réagir, prise entre son amour pour sa grand-tante, son indignation face à la réaction de ses cousins et sa propre incapacité à prendre en charge le poids qu’est devenue Baboussia. Tous les autres ensuite. Anna la petite soeur terrorisé par son alcoolique de fils (Victor), Ivan le gendre terrible, Nicolas le calme amoureux transi de Liza qui ne sait pas quoi faire dans cette histoire qui n’est pas la sienne, Taia et Tolik enfin, les petits-enfants à qui Baboussia a tout donné et qu’ils savent si peu remercier... Tous d’autant plus méchants et déboussolés qu’ils se heurtent au calme et à la gentillesse presque froide de leur soeur/grand-tante/grand-mère.
Un film qui bien sûr donne à réfléchir sur les écarts de condition dans la Russie d’aujourd’hui et le problème du respect des aînés dans une société en mouvement, mais que j’ai pris comme une tranche de vie, une galerie paisible de portraits magnifiques. A voir, même si vous êtes bon(d) public.
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